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une évolution historique





« Dit de l'informaticien ».  ~ Un. —— On pourrait, au sein de tout système agissant, compter la part de ce système qui rend compte d'idée mise en œuvre, et la part simplement dévolue au matériel.  Ainsi se formerait un rapport de structure, que je noterai φ, et qui rend compte de l'inventivité du système((??))

    
La formule permettant le calcul de φ dans le cas général n'est pas simple à donner brièvement.  Afin de la cerner progressivement, commençons par raisonner sur ce que peut être « l'outil de production ».  On appellera agencement un ensemble d'objets dont on étudie les relations qu'ils ont entre eux, et ce qu'ensemble ils génèrent.  Un agencement productif est un cas particulier d'agencement dont on étudie les capacité de production, au sens économique.  Les règles qui en décrivent la dynamique sont similaires à des formules chimiques, qui peuvent se comprendre de manière moléculaire autant que molaire.  Par exemple, un agencement productif correspondant à l'établi d'un artisan dont le métier consisterait à briser des noix (!) serait constitué d'un casse-noix K et de 100 noix intactes N1, N2, ... N100.  Posons qu'une noix cassée soit de la forme Mi, alors la règle de cet agencement productif est : 
K + Ni  -->  K + Mi


On peut caractériser le casse-noix comme étant l'élément logiciel de l'agencement, et les noix comme étant l'élément matériel, —— par ce simple fait que le casse-noix est extrêmement spécifique (c'est le même casse-noix qui sert dans l'ensemble pour n'importe quelles noix), tandis que chaque noix est extrêmement générique (une noix pourrait tout aussi bien être remplacée par une autre noix).  En fait, que le même casse-noix serve pour les 100 noix indique une spécificité de 100 (en un sens), tandis que la généricité des noix est elle aussi élevée, disons, de l'ordre de 100
((??))

    
En fait, si l'on note K le casse-noix, Ni une noix intacte, Mi une noix brisée, et A l'acte élémentaire de casser une noix, la formule s'écrira plutôt :
K + Ni + A  -->  K + Mi


soit, au niveau molaire concernant 100 noix :
K + 100 Ni + 100 A  -->  K + 100 Mi


Le terme A, fongible et numérique, représente la force de travail.  Le terme K + 100 Ni (ou K + 100 Mi) représente le capital :  la partie non numérique K en est la part logicielle, la partie numérique Ni (ou Mi) en est la part matérielle.  

Notre notation, évoquant la chimie, n'est pas nécessairement idéale :  il se pourrait qu'un formalisme du genre de la logique linéaire, par exemple, se révèle plus adéquat.  


.  

[Dans le cas idéal d'objets parfaitement interchangeables, c'est-à-dire d'objets fongibles, la généricité parfaite est atteinte, et, pour peu qu'elle soit atteinte au sein d'un processus faisant intervenir une machine comparativement moins fongible, on a une démonstration du caractère matériel des objets, et du caractère logiciel de la machine.]

Avant de poursuivre, nous pouvons déjà indiquer que la quantité φ se conçoit comme un rapport du logiciel sur le donné, le donné étant l'ensemble du logiciel et du matériel.  C'est donc une valeur réelle qui évolue entre 0 et 1.  

* Dans le cas des objets informatiques, tels que programmes, nous pouvons donner une estimation assez correcte des valeurs du logiciel et du matériel, fondée sur une approximation réaliste de leurs fonctions.  En effet, in fine, tout programme est exécuté en langage machine sur un processeur, lequel fait intervenir des registres variables au nombre desquels un registre d'instruction, un ou plusieurs accumulateurs, des registres d'index, etc.  Or, de par sa haute spécificité, le registre d'instruction représente en quelque sorte le logiciel, tandis que les registres d'index représentent bien plus le matériel.  Il s'ensuit que les octets qui sont le plus visité par les registres logiciels sont à attribuer à la partie logicielle du code, tandis que les octets qui sont le plus pointés par les registres matériels indiquent la part matérielle de ce même code.  On peut donc théoriquement, sur une durée assez longue d'utilisation standard d'un code binaire donné, en déterminer le ratio du logiciel sur le donné, autrement dit, une estimation de φ
((??))

    
Ainsi, un ensemble d'octets dont 1000 représentent du code, et 1 million, des données, possède une valeur de φ = 1000/106 = 1/1000.  Le même code, traitant 1 Teraoctet, aurait un φ plus d'un million de fois plus petit.  En revanche, le cas d'un virus se modifiant lui-même de façon idéale, en tenant compte de l'état de son propre code comme d'une donnée, serait une réalisation de φ égal à un, ou très proche de un.  On voit donc que les tâches les plus répétitives ont les φ les moins élevés, tandis que les tâches les plus proches de l'Intelligence Artificielle (ou de la représentation de soi) ont des φ se rapprochant de la valeur maximale.  


.  

Passées quelques difficultés incontournables liées à la définition du rapport φ
((??))

    
Plus précisément, afin de couper court à une objection facile, le rapport φ doit se concevoir de manière à la fois relative et asymptotique.  Par « relative », on entend que ce qui est spécifique vis-à-vis de tels objets puisse être générique vis-à-vis de tels autres, si bien qu'on doit diviser les parts du calcul de manière à faire apparaître cette gradation.  Par « asymptotique », on veut dire justement ceci que c'est l'évolution du rapport φ à toutes les échelles de comparaison qui compte, et son évolution sur le long terme (mathématiquement :  au voisinage de l'infini) qui est déterminante.  

Ainsi, par exemple, pour ce qui est de la relativité, dix casse-noix cassant chacun cent noix représentent φ = 1/100 et non pas 1/1000.  Autrement, on ne rendrait pas compte suffisant de l'écart entre le spécifique et le générique, c'est-à-dire en l'occurrence entre le logiciel et le matériel.  


, ce dernier se révèle en fait à la fois intuitif et susceptible de plusieurs modes de calcul.  Chacun de ces modes de calcul correspond à une mise en œuvre particulière de l'inventivité dans les agencements.  En particulier, on peut calculer le φ global de la société planétaire, comme résultant des φ de toutes ses unités de production, —— et en ce cas, ce φ global rend compte de l'inventivité brevetable à échelle mondiale.  


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[Escape dit :]
La part de mise en œuvre idéelle est à la part purement matérielle comme le logiciel est aux données, ou encore la partie du corps qui informe à celle qui structure.  Ou encore, à l'échelle non plus d'un programme ou d'un individu, mais à celle de la société, comme le brevetable est à l'acquis, ou comme la société informationnelle est à l'économie classique.  

(Escape)

~ Deux. —— Cette variable φ, à l'échelle de la société planétaire, est passée d'une valeur infime (aux temps pré-technocratiques tels que le Moyen Âge) à une valeur très élevée.  On peut considérer qu'elle n'est pas loin de saturer vers un nouveau pallier :  ceci implique que sa dérivée seconde par rapport au temps a d'abord été presque nulle, puis bien positive, puis presque nulle, puis bien négative, puis de nouveau presque nulle.

~ Trois. —— Il s'ensuit qu'il y a, dans l'histoire de l'humanité qui relie ces temps pré-technocratiques à l'ère technocratique qui se profile (et à laquelle nous devons échapper), cinq périodes, lesquelles correspondent à « φ faible », « φ décollant », « φ croissant à rythme régulier », « φ ralentissant » et « φ saturant à sa nouvelle valeur ».  Autrement dit :  « Temps pré-technocratiques », « Siècle des Lumières », « Scientisme industriel », « XXe siècle sortant du scientisme », et « Ère cyberéconomique tendant à la technocratie triomphante »((??))

    
L'établissement de cette proposition se base sur un certain nombre d'hypothèses raisonnables et de déductions logiques.  Tout d'abord, on commence par établir un mode de calcul de φ qui en fait une mesure adéquate du degré de technocratisation des unités de production, à échelle locale, ou de la société dans son ensemble, à échelle globale.  Cela se fait d'après une formule qui intègre dans son énoncé le rapport du nombre d'institutions aux éléments de donné.  

Cette formule (sur laquelle nous reviendrons) étant posée, on peut aisément calculer que φ a une valeur faible aux temps prétechnocratiques, et qu'elle augmente avec l'acquisition scientifique de la Renaissance et des Lumières.  La formule donnant φ est ainsi posée qu'elle doit aussi donner une saturation aux temps technocratiques, car le rapport du numérateur au dénominateur tend vers une constante à l'infini, du fait que la quantité de brevetable est, comme on peut le démontrer, bornée.  

Reste alors qu'avec un argument d'ordre général, on peut estimer que φ croît avec le temps, si ce n'est strictement, du moins tendanciellement.  Ainsi, la courbe de φ selon le temps, limitée à la période qui connecte le prétechnocratique au technocratique, est celle d'une fonction croissante bornée de part et d'autre (en tendance) :  d'où se déduit que sa dérivée seconde doit connaître cinq périodes, lesquelles sont, d'après ce que le désir de donner un sens aux variations formelles induit, cinq étapes progressives du processus (transitoire) de technocratisation.  

Il est tentant de superposer à cette description formelle le recours d'une explication en profondeur, un diagnostic en plus d'une étiologie.  C'est ce à quoi s'attellent cette page et les suivantes.  


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~ Quatre. —— Ce schéma ne veut pas dire qu'on a atteint la « fin de l'Histoire », au contraire, de nouvelles évolutions sont toujours envisageables qui rompent ce déterminisme, —— précisément parce que les hommes prennent en main leur destin, et mettent en œuvre un art de vivre nouveau.

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  [Œuvre d'Escape, 1990-2015 (achevée, présentée au monde), auteur initial : Escape, France].  
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